Pourquoi faut-il protéger les mangroves?
17 juillet 2026
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Les mangroves interceptent les déchets avant qu’ils n’atteignent le large, mais le plastique peut fragiliser leurs racines, la biodiversité et la résilience côtière.
Aperçu
Les mangroves poussent à la frontière entre la terre et la mer, là où se rencontrent les fleuves, les marées, la vase et la vie côtière. Elles font partie des barrières naturelles les plus importantes pour les écosystèmes littoraux : leurs racines ralentissent l’eau, retiennent les sédiments, abritent la vie marine et réduisent l’impact des vagues et des tempêtes. Mais cette même structure, qui rend les mangroves si protectrices, les rend aussi vulnérables à la pollution marine. Lorsque les déchets restent piégés entre les racines, ils ne disparaissent pas : ils s’accumulent, exercent une pression sur l’écosystème et peuvent affaiblir la barrière qui contribue à protéger les côtes et l’Océan.
Une barrière sous pression
Les mangroves protègent par leur densité. Leurs racines forment un réseau vivant qui ralentit le mouvement de l’eau, stabilise les sols vaseux et crée des zones abritées où les jeunes poissons, crabes, mollusques et autres espèces peuvent se nourrir et grandir. Dans les zones côtières exposées aux marées, aux tempêtes et au ruissellement des fleuves, ce système racinaire agit comme une véritable infrastructure naturelle.
Son rôle est à la fois écologique, physique et social. Une mangrove en bonne santé soutient la biodiversité, limite l’érosion côtière, améliore la qualité des habitats et contribue aux moyens de subsistance liés à la pêche. Lorsque les racines sont libres et vivantes, elles créent de l’espace pour les espèces qui doivent se déplacer, se reproduire et trouver refuge. Lorsque la vase est stable, la côte est moins exposée. Lorsque les poissons et les crustacés reviennent, les communautés locales peuvent en observer les effets directement dans l’eau et dans leurs prises.
La contradiction commence avec les déchets. Les mangroves ralentissent ce qui circule entre la terre et la mer. Cela inclut les sédiments et la matière organique, mais aussi les bouteilles, les sacs, les emballages, les lignes de pêche et les déchets mixtes transportés par les fleuves, les marées et les pluies. Pendant la saison des pluies, ce mouvement peut s’intensifier : les déchets venus des zones intérieures sont poussés vers l’aval et peuvent rester piégés avant d’atteindre le large.
Cela ne signifie pas que les mangroves « résolvent » la pollution marine. Cela signifie qu’elles en absorbent une partie de la pression. Le plastique coincé entre les racines peut recouvrir la vase, réduire les échanges d’oxygène, gêner la croissance des jeunes plants et dégrader la qualité de l’habitat pour les animaux qui dépendent de cette forêt. Plus les mangroves retiennent de déchets, plus leurs racines subissent de stress ; plus leurs racines sont fragilisées, moins les mangroves peuvent protéger efficacement les écosystèmes côtiers.
C’est un cercle vicieux. Les mangroves sont essentielles parce qu’elles protègent la biodiversité, les côtes et les communautés. L’une des façons dont elles protègent l’Océan consiste à ralentir et retenir ce que l’eau transporte. Mais lorsque ce qu’elles retiennent est composé de plastique et de déchets mixtes, leur fonction protectrice devient une source de stress. Une barrière naturelle se transforme en zone d’accumulation de pollution. Un écosystème qui devrait soutenir la vie commence à étouffer sous les matériaux qu’il a interceptés.
C’est pourquoi la protection des mangroves ne peut pas être séparée de la gestion des déchets. Prévenir les fuites reste la priorité, car les déchets ne devraient jamais atteindre les fleuves, les zones côtières ou les forêts de mangroves. Mais là où ils se sont déjà accumulés, une collecte attentive est nécessaire pour réduire la pression sur l’écosystème et empêcher leur fragmentation en microplastiques.
Ogyre, là où les racines rencontrent les déchets
Ogyre intervient dans des zones de mangroves où l’accumulation des déchets n’est pas seulement un problème visible de pollution, mais une pression directe sur un écosystème côtier vivant.
À Batu Lumbang, à Bali, le travail d’Ogyre se déroule au cœur d’une zone de mangroves où les déchets s’accumulent entre les racines, la vase et les eaux peu profondes. La collecte est menée avec des pêcheurs locaux, qui se déplacent en kayak dans la forêt de mangroves pour atteindre des zones difficiles d’accès. À ce jour, le projet a contribué à la préservation de 85 000 m² de mangroves et à une augmentation de 50 % de la capacité de pêche, avec des observations locales signalant également le retour d’espèces comme les crabes.
Dans la baie de Guanabara, au Brésil, Ogyre intervient dans un bassin côtier fermé, où les flux fluviaux transportent en continu des déchets urbains vers la baie. Une partie de ces déchets s’accumule dans les mangroves, surtout à marée basse, lorsque les systèmes racinaires émergent et forment de véritables « îlots » denses où le plastique et les matériaux mixtes restent piégés. Cette configuration rend la collecte complexe : les déchets se concentrent dans des zones sensibles, difficiles à atteindre et au-delà de ce que les systèmes locaux de gestion des déchets peuvent traiter seuls. Le travail d’Ogyre répond à ce vide opérationnel en retirant les déchets là où leur accumulation est la plus forte, tout en créant une source de revenus supplémentaire pour la communauté locale impliquée dans la collecte.
Dans les deux zones, l’objectif n’est pas de considérer les mangroves comme des filtres naturels à déchets. Il s’agit d’empêcher cette fonction de les affaiblir. Les déchets piégés entre les racines sont collectés, documentés et orientés vers la meilleure solution de fin de vie disponible, en privilégiant le recyclage lorsque cela est possible et une élimination responsable lorsque les matériaux sont trop dégradés ou contaminés. De cette manière, la protection des mangroves s’inscrit dans une chaîne de récupération plus large : soin de l’écosystème, traçabilité et participation locale agissent ensemble, au-delà des actions ponctuelles de nettoyage.
Maintenir la barrière vivante
Les mangroves protègent l’Océan parce qu’elles se trouvent à un endroit critique : entre les fleuves et les marées, entre la terre et la mer, entre les flux de déchets et les habitats vivants. Leurs racines ralentissent l’eau et maintiennent la côte en place, mais elles peuvent aussi retenir du plastique qui n’aurait jamais dû entrer dans l’environnement. Cela fait des mangroves à la fois une barrière et un signal d’alerte.
Les protéger signifie agir des deux côtés du cycle. Les fuites de déchets doivent être réduites avant qu’elles n’atteignent les zones côtières. En parallèle, les déchets déjà piégés entre les racines doivent être retirés et gérés correctement, afin que l’écosystème puisse continuer à remplir son rôle naturel.
Les mangroves ne doivent pas être protégées parce qu’elles sont utiles à la gestion des déchets. Elles doivent être protégées parce qu’elles sont des écosystèmes côtiers vivants. Leur capacité à intercepter les déchets n’est qu’une partie de leur fonction, et elle devient dangereuse lorsque la pollution surcharge le système. Maintenir les mangroves en bonne santé, c’est maintenir vivante la barrière naturelle avant qu’elle ne devienne un autre lieu d’accumulation du plastique.
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